Voici un article que j'ai du présenter à la Conférénce EUROMESCO à Amman il y'a quelques jours. Dites moi ce que vous en pensez...
Au cours de cette conférence deux égyptiens n'étaient absolument pas d'accord avec moi . Pour eux j'avais une vision trop optimiste. Qu'en est il d'aprés vous?
P.S: Ce n'est pas la version finale il y'a donc surement quelques fautes...
Sur un plan historique, la religion a été l'un des moteurs les plus puissants du changement des attitudes et des comportements de l'homme. Elle a toujours défini la nature de nos objectifs et de nos relations. Ce qui peut être vrai à l’échelle de l’individu l’est-il aussi au niveau d’une société ?
La séparation de la politique et de la religion a permis à nombre de sociétés d’évoluer et de prospérer. Mais le contexte actuel est plutôt à une multiplication des mouvements inspirés par la religion (PJD au Maroc, l’AKP en Turquie, le Hamas en Palestine…).
« S’il y avait des élections libres dans le monde arabo-musulman, les islamistes l'emporteraient partout, c'est aussi simple que cela ! » prônait Mahmoud Darwich
Cette analyse partagée par de nombreux spécialistes de la Région nous amène à nous poser les questions suivantes :
La présence religieuse dans la sphère politique est-elle est une spécificité de certaines sociétés ? La démocratie n’invite-t-elle pas toutes les opinions à s’exprimer ? Ces mouvements n’entrent-ils pas en conflit avec le concept de démocratie ?
Le courant politico-religieux, fût-il édulcoré, véhicule-t-il une vision du monde et un projet de société répondant aux exigences de la modernité ?
Il est intéressant de savoir si nous pouvons limiter notre réflexion aux sociétés arabo-musulmanes. Force est de constater que dans certains de ces pays, la religion a été exploitée pour des objectifs politiques, la décrédibilisant tout autant que la violence exercée en son nom. Le christianisme n’est plus engagé dans un face-à-face avec des pouvoirs politiques à l’intérieur des pays catholiques. Il reste dans la sphère religieuse. Il est impensable aujourd’hui que cela soit remis en cause dans des pays européens où la laïcité a pris le dessus.
Par contre, d’autres sociétés, plutôt considérées comme occidentales, comme la société israélienne, font encore face à la même tentation de faire de la religion un instrument politique. Dans un souci de clarté et de compréhension nous allons limiter notre réflexion aux sociétés arabo-musulmanes.
La démocratie est un système politique dans lequel la souveraineté est attribuée au peuple qui l'exerce via des élections libres et transparentes.
Les mouvements religieux dans les pays arabo-musulmans se présentent généralement comme des partis politiques d’opposition. Ils prétendent promouvoir une réforme religieuse plus orthodoxe que celle qui est retenue comme norme par ces Etats. L’arrivée de ces mouvements sur l’échiquier politique peut être perçue comme une victoire pour la démocratie
La légitimité démocratique ne peut être que fragile quand on ne laisse pas toutes les opinions s’exprimer librement sur la scène politique.
Sur ce point la position d’Olli Rehn, commissaire européen, est très claire : « dans une démocratie européenne normale, les questions politiques doivent être (…) tranchées par les urnes »
Une fois sur l’échiquier politique, quel est l’impact sur la démocratie ? Ces mouvements s’adaptent-ils au concept de démocratie ou alors ce concept doit-il s’adapter à ces mouvements ?
Les mouvements religieux installés démocratiquement dans la politique font preuve d’un pragmatisme politique très rationnel. Ils intègrent les principes constitutifs de la démocratie. C’est le cas de la plupart des partis politiques inspirés par la religion tel le Parti de la justice et du développement (principale formation de l’opposition au sein du parlement marocain) où même le Roi Mohammed VI loue « le parcours constructif» du PJD.
Ils finissent par s’adapter à des valeurs qui à la base n’étaient pas les leurs. Ces mouvements ne sont pas figés et s’adaptent au système démocratique.
Ainsi le président turc, Abudullah Gül du parti islamo-conservateur AKP, a effectué le 6 septembre dernier une visite historique en Arménie. M. Gül est le premier président turc à s'être rendu en Arménie depuis l'indépendance, en 1991, de cette ex-république soviétique.
De plus la décision de la Cour constitutionnelle turque le 30 juillet dernier, de ne pas interdire l’AKP, le parti au pouvoir prouve que ce parti ne vient pas en contradiction avec les valeurs fondamentales de la République Turque.
Cette optique vient en contradiction avec l’idée très répandue d’une antinomie systématique entre ces mouvements et l’émergence de systèmes démocratiques.
Même le Hamas peut, dans une certaine mesure, être pragmatique : ainsi, il avait refusé de participer aux précédentes élections de 1996, sous prétexte qu’elles se déroulaient dans le cadre des accords d’Oslo ; il a participé aux dernières élections, alors que les conditions n’ont pas changé. Il a aussi su nouer dans le cadre des ces élections des alliances avec des notables locaux très respectés, accepter des chrétiens sur ses listes, gérer avec compétence les municipalités qu’il a conquises, appeler à un gouvernement d’union nationale avec le Fatah... ) .
Mais quid des mouvements inspirés de la religion qui ne jouent pas le jeu politique ? Ces mouvements utilisent le concept de démocratie pour accéder au politique mais finissent par reléguer ce concept. Faut-il mettre des filtres pour empêcher ces mouvements les plus extrémistes d’accéder au politique ?
Il y a des mouvements qui entrent en conflit avec les institutions. C’est alors le concept de démocratie qui doit reculer. Cela est le cas dans une certaine mesure du Hamas à Gaza, lorsque ce mouvement refuse par exemple de reconnaître Israël. Certains pays utilisent le filtre de l’interdiction qui se justifie par la menace sur la démocratie :
En Tunisie, il s’agit d’un filtre en amont : la loi sur les partis politiques de 1989 interdit de fonder un parti sur des bases religieuses.
En Algérie, le pouvoir a interrompu le processus électoral en 1992 au moment où le FIS était sur le point d’accéder au pouvoir. Le filtre s’est situé en aval. Ce qui a posé des problèmes par la suite. En effet, lorsque des opérations électorales de cette importance sont engagées, il faut les laisser aller à leur terme ou les arrêter tout au début.
Il y a une différence entre ces deux exemples : les islamistes algériens exercent une véritable pression sur le système politique algérien alors qu’en Tunisie ils ne constituent qu’une minorité sans véritable assise populaire. Ainsi ils sont interdits en Tunisie pour qu’ils restent minoritaires et en Algérie pour qu’ils ne soient plus majoritaires. Les dernières attaques terroristes en Algérie montrent que cette optique a des limites. Une solution politique est parfois souhaitable. Dans le quotidien Le Monde, M. Ali Belhadj, l’ancien numéro deux du Front islamique du salut (FIS) explique « qu’il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »
En Egypte, le filtre est ambigu : les Frères musulmans sont le principal parti d’opposition. C’est un parti « interdit mais toléré ». La peur des dirigeants reste qu'une explosion du parti pourrait amener la naissance de diverses cellules radicales.
En juin 2008, le président égyptien, Hosni Moubarak, a prolongé l’état d’urgence. Cette exception « permanente » se voit légitimée par l’idée qu’elle est un instrument de lutte contre le terrorisme : par la loi d’urgence, l’état entend combattre une violence politique. On devine sans peine l'intensité des protestations qu'aurait suscité le décret sur l'état d'urgence supprimant des libertés fondamentales, s'il avait été pris par un gouvernement islamiste !
Mais le filtre de l’interdiction n’est pas la seule solution et n’est peut être pas la solution idéale, car elle réitère la question de la légitimité démocratique. L’interdiction des partis est une arme dangereuse.
Dans un autre contexte (pas lié aux mouvements religieux) le législateur belge a mis un filtre économique pour lutter contre les partis liberticides. Pour pouvoir bénéficier du financement public, les partis doivent inscrire dans leurs statuts une disposition par laquelle ils s’engagent à respecter les droits et libertés de la Convention européenne des Droits de l’Homme. Pourquoi ne pas envisager un tel filtre dans les pays où le religieux est tenté par le politique ?
En conclusion, on peut affirmer que les mouvements inspirés par la religion, une fois au pouvoir, ne provoquent généralement ni fracas ni rupture. Souvent, la continuité l’emporte sur le changement. Il y a un changement démocratique dans la mesure où la volonté du peuple a été respectée. Un filtre est parfois nécessaire pour ne pas faire reculer le concept de démocratie

1 commentaires:
Je ne suis pas sur de partager le meme avis sur ta conclusion et de toute façon je t'avoue que dans la liste des themes sur lequels je travaille celui çi ne figure pas encore et par consequent je ne saurai m'engager à ce moment precis à te donner un avis personel.
Mais je voulais que tu saches que j'apprecie beaucoup de voir qu'il ya des jeunes qui pensent au delà du microcosme de leur vie de tout les jours et que je t'encourage à continuer dans ce sens et à te diversifier....Bravo :)
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